6- L'association se
définit comme " lesbienne et
féministe ". Où se situe la
frontière et peut-on être
l'une sans être l'autre ?
Tu as
raison de le souligner : les lesbiennes
qui affirment leur existence et
revendiquent leur sexualité en
dehors de l'influence masculine sont par
essence et définition
féministes.
Cependant, il peut
être bon de rappeler certaines
évidences... Aujourd'hui, quand on
dit " féministe ", on a
l'impression de lâcher un gros mot.
Alors, se dire lesbienne ET
féministe, c'est pousser le quidam
à crier au sexisme, à
l'extrémisme, à
l'anachronisme voire au communautarisme
exacerbé : c'est donc susciter le
débat et les questions. C'est aussi
pouvoir dire et redire qu'il est
nécessaire de continuer à
agir pour le droit de toutes les femmes,
sur des questions allant de la
prostitution jusqu'au niveau de vie, en
passant par l'égalité des
chances pour l'accès à la
formation.
7- Des associations LGBT
accueillent indifféremment les mecs
gays et lesbiennes. Pourquoi
LesBienNées est-elle une
association non mixte ?
En effet,
parallèlement à l'existence
d'associations mixtes LGBT, il existe des
associations qui s'attachent à une
cause particulière. Trans Aid est
une association dédiée
à la cause Trans. Bi-cause
s'intéresse aux
problématiques des Bi.
LesBienNées est une association qui
travaille spécifiquement sur la
condition des femmes homosexuelles.
Cela étant, tout
comme nos camarades, nous adhérons
pleinement à l'ensemble des causes
LGBT et les soutenons. Nous partageons les
combats des associations mixtes en ce qui
concerne l'homophobie, tout en y ajoutant
des préoccupations liées
à notre vécu quotidien de
situations sexistes, machistes, misogynes.
Nous considérons que le discours
globalisant qui a
généralement court dans les
associations mixtes contribue à
maintenir les femmes et les lesbiennes
dans une sorte d'état invisible,
renforçant involontairement le
côté pervers de la double
discrimination dont nous sommes
victime.
Je rappelle ici que le
néologisme "lesbophobie" a
été créé par
la Coordination Lesbienne en France pour
rendre visible le caractère
spécifique des attaques subies par
les lesbiennes en tant qu'individu ou
groupe social. Personne ne conteste plus
ce terme, largement repris, y compris dans
les médias.
8- Pour la première
fois LesBienNées ont
participé à la marche des
fiertés LGBT de Lorraine en juin
2005. Quel bilan ?
Très positif car en
oeuvrant avec le collectif d'organisation
de la Marche des Fiertés nous avons
noué des contacts avec des
associations lorraines avec lesquelles
nous n'avions pas encore travaillé.
Cela peut augurer de nouvelles
coopérations et de nouveaux
projets.
La marche en
elle-même a été
vécue par les femmes de
l'association comme un grand moment de
"militantisme festif". Même celles
qui étaient -grâce au travail
de désinformation de la plupart des
médias audio visuels-,
réticentes a priori, ont
été heureuses de participer
à cette journée. D'ailleurs,
beaucoup d'entre nous ont
décidé de prolonger ce
moment en se rendant à la marche de
Paris, avec la CLF.
9- Plusieurs associations
qui accueillent les lesbiennes à
Nancy, des commerces communautaires tenus
par des lesbiennes, des manifestations
culturelles ouvertes à la
sensibilité lesbienne... Nancy
est-elle une ville plus ouverte que les
autres pour les filles homosexuelles ? Les
filles peuvent-elles y vivre de
manière épanouie leur
homosexualité ?
Il est vrai que, pour
nous, la vie à Nancy est assez
agréable, même si c'est
relativement récent (2001-2002). Je
pense cependant que ce qui se passe dans
cette ville est l'expression d'une
tendance plus
générale.
Par exemple, ces quatres
dernières années, des
commerces notoirement tenus par des gais
ou des lesbiennes se sont ouverts un peu
partout dans l'hexagone.
Et puis, il ne faut pas
négliger les effets du débat
sur le PACS qui a forcé les
médias à parler du quotidien
des citoyens homosexuels. L'opinion
publique s'était montrée
globalement favorable aux avancées
proposées, devançant en cela
les politiques et les médias.
Beaucoup d'élus en tirent encore,
de façon très pragmatique,
les conclusions qui s'imposent : la vie
des associations et des administrés
en est forcément
améliorée.
Je dois cependant
préciser que l'actualité de
la région nous force à
constater que Nancy est pour nous un cadre
de vie associative
privilégié. Nous exprimons
à ce propos notre sympathie
à Couleurs Gaies et aux habitants
homosexuels, bi et trans de la ville de
Metz.