Dans
quelles circonstances s'est
créée l'association Trans
Aide ?
Le hasard et la
nécessité, comme souvent
dans la vie ! Et une rencontre, via le
Net, entre une militante connue sur sa
ville qui ose enfin assumer sa
trans-identité (lorsque c'est
ça, ou en mourir, nous acceptons
enfin ce que nous sommes !) et une femme
d'origine transsexuelle, discrète,
intégrée socialement, mais
désireuse d'apporter aux autres...
Mais, au-delà de nos
différences (nous ne votons
même pas pareil...), nous
étions scandalisées par la
maltraitance et la véritable haine
anti-Trans des institutions - indignes
d'un pays civilisé comme la France
- et bien décidées à
agir pour que cela change... Puis,
très vite, d'autres personnes
Trans, très diverses, sont venues
nous rejoindre et nous aider à
créer Trans Aide (Lorraine).
Motivées. Pour faire bouger les
choses. Et aider celles et ceux qui en ont
besoin.
On a tendance à
confondre transsexuel(les),
transformistes, travestis, transgenre,
voire hermaphrodites et androgynes. Ces
termes désignent-ils des
mêmes spécificités
?
Non, bien sûr ! Mais
les discriminations ont longtemps
empêché les personnes Trans
d'expliquer publiquement ce qu'elles sont,
ce qu'elles vivent ; et donc de faire
tomber les idées reçues...
C'est pour cela que nous utilisons le
terme Trans et non " transsexuelle " :
notre " problème ", si
problème il y a, c'est un
problème d'identité et non
de sexualité.
Existe-t-il un sentiment
d'appartenance à une même
communauté ou une solidarité
entre les trans ? Ou est-ce une
réalité intime, personnelle
et unique ?
Longtemps, les Trans -
malgré le travail courageux des
militant(e)s de la 1ère heure - ont
été rejeté(e)s,
discriminé(e)s,
insulté(e)s... Nous étions
infréquentables :
salarié(e)s du privé, on
nous faisait comprendre que la
démission s'imposait, professeurs,
on nous suggérait de demander une
mutation à l'autre bout du pays,
demandeurs d'emploi, on nous faisait
comprendre que dans notre cas le bois de
Boulogne nous ouvrait les bras... Un
martyrologe silencieux, qui a conduit des
centaines de Trans à l'enfer de la
prostitution (je songe à une
fonctionnaire non titularisée pour
trans-identité !) ou au suicide...
Alors, pour beaucoup, il fallait
simplement survivre... Chacune pour soi...
Mais notre pays évolue et nos
concitoyen(ne)s sont aujourd'hui plus
ouverts - à de rares exceptions
près - que les institutions qui,
elles, restent largement transphobes !
Alors, l'individualisme fait peu à
peu place à la solidarité et
à l'action collective : nous
découvrons aussi, malgré les
difficultés parfois, qu'être
Trans c'est aussi être heureux/ses
d'être enfin bientôt
nous-mêmes !
On assimile souvent le
transsexuel à un homme qui se
transforme en femme. Le contraire
existe-t-il dans les mêmes
proportions ?
L'attitude de la
société à
l'égard des Trans MtF*
reflète la réalité du
statut des femmes : " devenir une femme ",
c'est encore perçu comme "
dégringoler " socialement ! C'est
sans doute ce qui explique que les femmes,
à de très rares exceptions
près, accueillent chaleureusement
les transsexuelles MtF qui confirment par
leur démarche qu'on peut être
fière d'être une femme ! Pour
les Trans aussi, une femme, pour
différente qu'elle soit d'un homme,
a droit à l'égalité
totale !
Mais les FtM* sont aussi nombreux que les
MtF ; ils sont cependant moins visibles
(Dans un immeuble deux femmes qui vivent
ensemble ne sont pas fatalement
considérées comme des
lesbiennes et une " fille masculine " sera
perçue comme lesbienne probable,
jamais comme un Trans !) et donc moins
discriminés. Ce qui expliquait leur
discrétion et leur moindre
investissement dans les associations Trans
; mais cela commence à changer avec
les jeunes
générations.
Quels sont les liens entre
la transsexualité et la
médecine ?
Désastreux ! Une
véritable maltraitance, une
violence psychique et physique
infligée par la majorité du
corps médical français...
Passons sur la notion totalitaire de "
l'indisponibilité des personnes "
(c'est-à-dire qu'on essaie de nier
le droit de tout être humain
à modifier son corps pour
être en harmonie avec soi-même
!). Mais nous ne passons plus sur les
insultes sexistes (" Tu veux un trou ? On
va te faire un trou ! "), les humiliations
(appeler " Monsieur " une Trans
ostensiblement féminine en venant
la chercher dans la salle d'attente est
l'une des jouissances perverses
préférées des psys
français !), des traitements
médicaux non discutés avec
les patients, le refus d'appliquer les
textes européens qui
protègent la dignité humaine
en général et le droit des
Trans en particulier, etc. On n'en
finirait pas d'évoquer la litanie
des maltraitances : on a infligé,
en 2003, dans notre pays, des
séances d'électrochocs
à des Trans ! Enfermer, surveiller,
punir...
Mais, là encore, nous rencontrons
depuis quelque temps des
généralistes ouverts, des
psys respectueux, des endocrinologues
informés... Les chirurgiens dignes
de ce nom, pour la chirurgie trans, il n'y
en a hélas pas en France.
D'où un conflit avec les CPAM qu'il
faut parfois bousculer pour obtenir le
droit d'être
opéré(e)ees à
l'étranger dans des conditions de
respect et de sécurité, et
avec un résultat conforme à
ce qu'on peut attendre d'une
médecine moderne, digne de ce nom !
Cependant, récemment, une
convention a été
passée avec la Belgique, ce qui
confirme que les associations ont raison
de soulever ce problème !
La transsexualité
est-elle prise en compte par le droit
français ?
Non ! Contrairement
à une légende tenace,
entretenue par un petit clan de psys et de
médecins transphobes - qui tentent
d'accréditer l'existence d'un
prétendu " parcours officiel " et
de maintenir ainsi leur monopole - il n'y
a aucune loi qui régisse la
trans-identité (terme que nous
préférons, la question Trans
n'étant en rien un problème
sexuel, répétons-le, mais
une question identitaire !).