Lorraine Gay

 


 

Stéphanie Nicot, Présidente de l'association Trans Aide (Lorraine)
- décembre 2004 -

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Dans quelles circonstances s'est créée l'association Trans Aide ?

Le hasard et la nécessité, comme souvent dans la vie ! Et une rencontre, via le Net, entre une militante connue sur sa ville qui ose enfin assumer sa trans-identité (lorsque c'est ça, ou en mourir, nous acceptons enfin ce que nous sommes !) et une femme d'origine transsexuelle, discrète, intégrée socialement, mais désireuse d'apporter aux autres... Mais, au-delà de nos différences (nous ne votons même pas pareil...), nous étions scandalisées par la maltraitance et la véritable haine anti-Trans des institutions - indignes d'un pays civilisé comme la France - et bien décidées à agir pour que cela change... Puis, très vite, d'autres personnes Trans, très diverses, sont venues nous rejoindre et nous aider à créer Trans Aide (Lorraine). Motivées. Pour faire bouger les choses. Et aider celles et ceux qui en ont besoin.

On a tendance à confondre transsexuel(les), transformistes, travestis, transgenre, voire hermaphrodites et androgynes. Ces termes désignent-ils des mêmes spécificités ?

Non, bien sûr ! Mais les discriminations ont longtemps empêché les personnes Trans d'expliquer publiquement ce qu'elles sont, ce qu'elles vivent ; et donc de faire tomber les idées reçues... C'est pour cela que nous utilisons le terme Trans et non " transsexuelle " : notre " problème ", si problème il y a, c'est un problème d'identité et non de sexualité.

Existe-t-il un sentiment d'appartenance à une même communauté ou une solidarité entre les trans ? Ou est-ce une réalité intime, personnelle et unique ?

Longtemps, les Trans - malgré le travail courageux des militant(e)s de la 1ère heure - ont été rejeté(e)s, discriminé(e)s, insulté(e)s... Nous étions infréquentables : salarié(e)s du privé, on nous faisait comprendre que la démission s'imposait, professeurs, on nous suggérait de demander une mutation à l'autre bout du pays, demandeurs d'emploi, on nous faisait comprendre que dans notre cas le bois de Boulogne nous ouvrait les bras... Un martyrologe silencieux, qui a conduit des centaines de Trans à l'enfer de la prostitution (je songe à une fonctionnaire non titularisée pour trans-identité !) ou au suicide... Alors, pour beaucoup, il fallait simplement survivre... Chacune pour soi... Mais notre pays évolue et nos concitoyen(ne)s sont aujourd'hui plus ouverts - à de rares exceptions près - que les institutions qui, elles, restent largement transphobes ! Alors, l'individualisme fait peu à peu place à la solidarité et à l'action collective : nous découvrons aussi, malgré les difficultés parfois, qu'être Trans c'est aussi être heureux/ses d'être enfin bientôt nous-mêmes !

On assimile souvent le transsexuel à un homme qui se transforme en femme. Le contraire existe-t-il dans les mêmes proportions ?

L'attitude de la société à l'égard des Trans MtF* reflète la réalité du statut des femmes : " devenir une femme ", c'est encore perçu comme " dégringoler " socialement ! C'est sans doute ce qui explique que les femmes, à de très rares exceptions près, accueillent chaleureusement les transsexuelles MtF qui confirment par leur démarche qu'on peut être fière d'être une femme ! Pour les Trans aussi, une femme, pour différente qu'elle soit d'un homme, a droit à l'égalité totale !
Mais les FtM* sont aussi nombreux que les MtF ; ils sont cependant moins visibles (Dans un immeuble deux femmes qui vivent ensemble ne sont pas fatalement considérées comme des lesbiennes et une " fille masculine " sera perçue comme lesbienne probable, jamais comme un Trans !) et donc moins discriminés. Ce qui expliquait leur discrétion et leur moindre investissement dans les associations Trans ; mais cela commence à changer avec les jeunes générations.

Quels sont les liens entre la transsexualité et la médecine ?

Désastreux ! Une véritable maltraitance, une violence psychique et physique infligée par la majorité du corps médical français... Passons sur la notion totalitaire de " l'indisponibilité des personnes " (c'est-à-dire qu'on essaie de nier le droit de tout être humain à modifier son corps pour être en harmonie avec soi-même !). Mais nous ne passons plus sur les insultes sexistes (" Tu veux un trou ? On va te faire un trou ! "), les humiliations (appeler " Monsieur " une Trans ostensiblement féminine en venant la chercher dans la salle d'attente est l'une des jouissances perverses préférées des psys français !), des traitements médicaux non discutés avec les patients, le refus d'appliquer les textes européens qui protègent la dignité humaine en général et le droit des Trans en particulier, etc. On n'en finirait pas d'évoquer la litanie des maltraitances : on a infligé, en 2003, dans notre pays, des séances d'électrochocs à des Trans ! Enfermer, surveiller, punir...
Mais, là encore, nous rencontrons depuis quelque temps des généralistes ouverts, des psys respectueux, des endocrinologues informés... Les chirurgiens dignes de ce nom, pour la chirurgie trans, il n'y en a hélas pas en France. D'où un conflit avec les CPAM qu'il faut parfois bousculer pour obtenir le droit d'être opéré(e)ees à l'étranger dans des conditions de respect et de sécurité, et avec un résultat conforme à ce qu'on peut attendre d'une médecine moderne, digne de ce nom ! Cependant, récemment, une convention a été passée avec la Belgique, ce qui confirme que les associations ont raison de soulever ce problème !

La transsexualité est-elle prise en compte par le droit français ?

Non ! Contrairement à une légende tenace, entretenue par un petit clan de psys et de médecins transphobes - qui tentent d'accréditer l'existence d'un prétendu " parcours officiel " et de maintenir ainsi leur monopole - il n'y a aucune loi qui régisse la trans-identité (terme que nous préférons, la question Trans n'étant en rien un problème sexuel, répétons-le, mais une question identitaire !).

 

* Petit glossaire

Genre : (gender en anglais) Par opposition à sexe : le genre est psychique (vous sentez-vous homme ou femme ?), le sexe biologique (quelles sont vos caractéristiques sexuelles d'origine ?).

Dysphorie de genre : décalage entre le sexe (biologique) et le genre (identité).

Cisgenre : par opposition à transgenre, personne de sexe biologique originel mâle ou femelle et sans dysphorie de genre (M. ou Mme tout-le-monde ;-).

Transgenre : le contraire de cisgenre ;-) Y'a de la dysphorie dans l'air !

Transsexualité : Les Trans n'aiment guère ce terme, qui jette la confusion en laissant croire que la question relèverait de la sexualité... Elles l'utilisent parfois, par commodité.

Trans : abréviation de Transsexuel(le) ou de Trans(genre), formule plus ambiguë.

MtF : Male to Female. : personne Trans de sexe biologique mâle mais en transition vers son sexe féminin de destination (celui qui correspond à son genre)

FtM : Female to Male : personne Trans de sexe biologique féminin mais en transition vers son sexe masculin de destination (celui qui correspond à son genre)

Femme ou Homme d'origine Trans : nombre de Trans estiment être des femmes et des hommes que rien, ou presque (squelette, chromosomes, absence d'utérus) ne différencie des femmes ou hommes cisgenres.

THS : Traitement Hormonal de Substitution. Oriente le corps vers la destination choisie : de la testéostérone pour les FtM, et une trilogie anti-androgène (finastéride, de préférence à l'Androcur !), oestrogènes (estradiol gel par exemple) et souvent progestérone (utrogestan par exemple). Attention : jamais d'auto-médication : Un THS doit être suivi par un endocrinologue compétent ! Voir à ce sujet le site de STS Strasbourg, le mieux informé de France.


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