Lorraine Gay

 


 


:: Les années 70.

Avant les années 70, la drague homo à Nancy se concentraient essentiellement dans les parcs et pissotières de la ville. Le Cours Léopold et la Place Carnot étaient dèja des lieux très fréquentés par les homosexuels.
Les premiers établissements ouvertement gay de Nancy ont vu le jour à la fin des années 60 et au début des années 70.
En 1969, Jean-Pierre Humblot, dit Jeannnot, un meusien ayant un certain goût pour le travestissement et les tenues excentriques ouvre un petit restaurant rue Gustave Simon :
Le Bénélux. Sa mère est au fourneaux, il est en salle. Très vite, le Bénélux devient l'endroit le plus original de Nancy. Les étudiants y côtoient les bourgeois, on y vient pour passer une bonne soirée. Jeannot y fait chaque soir son show... rien d'organisé, pas un spectacle, mais simplement en étant lui-même, avec sa bonne humeur et son excentricité. Il accueille les clients avec son accent mi-nancéen mi-meusien et branche un vieux pick-up qui débite les tubes de l'époque : Dalida, Annie Cordy, Patachou. Entraîné par la musique, il chante et danse, oubliant parfois son service et laissant les plats refroidir à la porte de la cuisine. C'est sa mère qui le rappelle alors à l'ordre en sortant sa tête de la cuisine et en lui demandant d'arrêter de faire le zouave. La cuisine est assez quelconque, mais le duo entre Jeannot et sa mère, le vieux pick-up, le décor totalement kitsch, les tenues excentriques et les tubes du genre "Brigitte Bardo, Bardoooo" ou "Riquita, jolie fleur de Java" font qu'on se bousculera durant toutes les années 70 et 80 à l'entrée du Bénélux. Jeannot tiendra son restaurant jusqu'en 1984. Il sera assassiné par des homophobes en 2003. (voir article qui lui est consacré dans ce site).
Au début des années 70, un autre restaurant de Vandoeuvre a aussi la faveur des homosexuels :
Le Relais de Brichambeau. Les gays de Nancy connaissaient tous cette adresse qui avait donc mauvaise réputation pour le reste de la population. Le drapeau arc-en-ciel ne signifiant encore rien pour les homosexuels en France à cette époque, le seul symbole qu'avait trouvé ce restaurant pour affirmer son orientation, était d'accrocher une "pédale" de vélo au dessus de la porte. Mais ces restaurants étaient ouverts à tous et il manque encore un vrai bar gay à Nancy.

C'est en 1975 que Jean-Pierre Lumann ouvre dans la rue des Maréchaux Le Rocambole. Mi-bar, mi-boite, le Rocambole est l'endroit mythique des gays nancéens de cette époque, le premier bar ouvertement homosexuel de la ville. Ce qui ne signifie pas que l'entrée est libre, car il faut sonner pour entrer. La lumière rouge au-dessus du comptoir indique à Jean-Pierre ou à une de ses deux serveuses qu'un client attend devant la porte. L'établissement ouvre pour l'apéritif dès 18h et l'ambiance discothèque commence vers 22h. L'heure de fermeture officielle est de 2h, mais il arrive souvent que les clients quittent l'établissement au petit matin. Le mot "gay-friendly" n'est pas encore inventé en 1975 et le Rocambole est réservé uniquement aux gays et aux hommes. L'ambiance y est plutôt décontractée et bon enfant. Les homos nancéens dansent sur les tubes disco de l'époque qui deviendront plus tard des standards des boites gay : Donna Summer, Patrick Juvet, Dalida... L'ambiance y est magique, la danse du tapis ou les premiers spectacles de transformistes de Nancy attirent la foule. Le Rocambole sera vendu à la fin des années 70 par Jean-Pierre et perdra sa spécificité gay. Dans notre rubrique portraits, vous trouverez un article consacré à Jean-Pierre Lumann.
Dès le début des années 70 deux autres discothèques ciblent aussi la clientèle gay mais avec une ambiance différente :
Le Juva Club, rue Saint Julien, ne vivra que peu de temps. Là aussi, la danse du tapis était le clou des soirées de garçons. Dans un tout autre genre, un suisse allemand,Gérard, ouvre rue de la Visitation la discothèque l'Ascot. Clientèle un peu plus sélectionnée, musique un peu plus parisienne, décor très classe avec d'énormes fauteuils en cuir, l'endroit attire la jeunesse gay, mais aussi les hétéros BCBG et branchés de la ville. Les filles y sont aussi admises mais au compte goûte. Nancy est mûre pour aborder la folie des années 80.

 


Jean-Pierre Lumann

 


 

page précédente

Retour sommaire Histoire

page suivante

page précédente

page suivante