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Le tribunal de Nancy refuse son changement d'Etat Civil à une personne transidentitaire.

Dans un jugement rendu le 10 août 2009, le tribunal de grande instance de Nancy a débouté une deuxième fois madame Delphine Ravisé-Giard dans sa requête de changement d’état civil auprès de la chambre des affaires familiales.

A l’heure où madame Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, appelle à faire retirer « la transsexualité » des maladies mentales, à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, Equinoxe Nancy Lorraine s’étonne de l’ambivalence du positionnement de l’Etat français. Comment justifier en effet, la nécessité de présenter un certificat attestant de l’irréversibilité du changement de genre dans un but de soins thérapeutiques, si l’on n’est plus en présence d’une maladie ?

Cette pratique discriminatoire de la justice française nous rappelle une réalité cruelle. Pour celles et ceux qui n’ont pas encore le bonheur d’être insérés socialement et professionnellement, à l’instar de madame Ravisé –Giard, militaire de carrière, et dont l’administration reconnaît son genre social féminin, nous imaginons assez facilement les difficultés rencontrées sans changement d’état civil pour tous les actes simples de la vie quotidienne. Comment louer un logement, postuler à un emploi, signer un chèque, lorsque l’état civil ne correspond plus au genre socialement reconnu et vécu ?

La discrimination féroce pratiquée par l’Etat français pousse ainsi de nombreuses personnes transidentitaires à vivre souvent de l’aide sociale,  et parfois même de la prostitution, à être exclues socialement, ou à accepter les pires compromis pour vivre : la stérilisation chirurgicale (opération de réassignation sexuelle, obligatoire en France pour l’obtention de changement d’état civil). Il arrive même que les personnes transidentitaires se voient contraintes par certains tribunaux de grande instance à subir un examen invasif et humiliant, afin de vérifier « ce qu’ils ont sous la ceinture ».

A ce rythme, seul(e)s les plus fort(e)s peuvent résister à cette pression. Les autres se suicident, ou au mieux survivent détruits.

Par ailleurs, les attendus du jugement du 10 août 2009 nous laissent perplexes. Ils rappellent que pour la personne concernée, la preuve de la non conservation des organes génitaux et reproducteurs masculins n’a pas été apportée.



Par ce procédé, l’Etat cherche à verrouiller le plus longtemps possible la question d’une homoparentalité légale en France. La possibilité pour un parent de changer de sexe tout en conservant légalement son mari ou sa femme instaure de fait une alternative inimaginable à la vision étriquée et dépassée de la famille actuelle. C’est pourquoi militer pour le changement d’identité libre, gratuit, et sur simple demande est non seulement un combat LGBT mais aussi généraliste de l’égalité des droits, ceux de l’accès à la famille et la parentalité. A cet égard, les revendications des associations transgenres et des associations LGBT comme la nôtre se rejoignent sans équivoque.Nous nous inquiétons très sérieusement, en parallèle, des pratiques sous-jacentes aux opérations de réassignation sexuelle obligatoire. Mettre en avant la suppression d’organes « reproducteurs » revient à admettre une pratique de stérilisation forcée. Ceci ne relèverait que d’une fantaisie si l’on n’ignorait qu’il est possible, pour un homme transgenre ; d’obtenir des papiers en conservant ses organes féminins externes tout en supprimant les organes sexuels internes, qui comme nous la savons tous sont les acteurs de la fertilité.

Ce genre de pratique nous renvoie à de tristes exemples de l’histoire : quel genre d’Etat a accepté de tels programmes de stérilisation forcée et systématique d’une partie de la population ? Equinoxe Nancy Lorraine rappelle au passage que le commissaire aux droits humains du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, a fermement condamné en janvier 2009 le positionnement de la France sur la question transgenre.

Equinoxe Nancy Lorraine, association LGBT cofondée par des lesbiennes, des gays, des bis, et des personnes transgenres, et au sein de laquelle ces quatre composantes siègent au Conseil d’administration, s’indigne du sort réservé à la communauté transidentitaire, pour qui la discrimination ne semble plus avoir de limite.

Notre association se mobilisera sans retenue dans les mois et les années à venir auprès de madame Ravisé-Giard, de Trans Aide – Association nationale transgenre, dont Equinoxe est partenaire, et de toute structure désireuse de faire respecter les libertés fondamentales dans un Etat qui se veut, et se devrait d’être dans les faits, démocratique.

Equinoxe espère ainsi ouvrir la voie aux véritables défenseurs de la dignité humaine et de l’égalité des droits pour mettre un terme à cet état de fait intolérable.


Communique de l'association Equinoxe Nancy Lorraine
C/o Aides 54 – 66, rue Stanislas
54000 Nancy
www.equinoxe54.com
contact@equinoxe54.com

information mise en ligne le 14/08/09