3000 ans
d'homosexualité à
Metz.
Si l'on considère,
comme les historiens, que la ville de Metz
est née il y a 3000 ans, et que
l'homosexualité et vieille comme le
monde, on peut affirmer sans se tromper
que Metz a derrière elle 3000 ans
d'homosexualité.
Toutes les
communautés et surtout les plus
minoritaires ont toujours essayé
d'encrer leur histoire dans les temps les
plus anciens afin de mieux
crédibiliser leur existence. A
Metz, de nombreux ouvrages mettent en
avant le fait que la ville possède
la plus ancienne communauté juive
de France, que les Protestants ont
dirigé la ville, que les
francs-maçons y ont toujours
été très influents,
etc... Pourtant, il est une
communauté qui ne laisse
pratiquement aucune trace de son histoire
dans cette ville. La communauté
homosexuelle semble être née
avec les années 80.
En vous présentant
ce dossier, LORRAINE GAY n'a pas pour
objectif de justifier ou d'asseoir une
reconnaissance quelconque de
l'homosexualité à travers
des racines profondes. Notre seul objectif
est de réparer pour la
première fois une injustice. Parce
que durant 3000 ans, les historiens n'ont
jamais trouvé trace
d'homosexualité dans cette ville de
province. Parce que depuis 3000 ans, des
bûchers aux camps de concentration,
on a persécuté les
homosexuels ici comme partout en Europe et
dans le monde et que ces milliers de
meurtres ont toujours été
passés sous silence. Parce que
depuis 3000 ans, 10 % de la population
doit cacher ses sentiments, rejeter sa
nature et vivre dans l'hypocrisie. Parce
que depuis 3000 ans, l'homosexuel n'est
considéré que comme un
hérétique, un criminel, un
délinquant ou un malade mental. Et
si par malheur un d'entre eux se
caractérise par son génie,
son courage ou sa valeur, on s'empresse
vite de cacher toute trace de son
homosexualité, quitte à
falsifier sa biographie ou à
corriger ses écrits après sa
mort.
METZ a vu naître des
homosexuels célèbres, elle a
été également
dirigée par des homosexuels, comme
dans toutes les villes du monde et comme
dans toutes les civilisations. A toutes
les époques de son histoire, les
gays de la ville ont été
obligés de créer des liens
de solidarité entre eux pour
pouvoir vivre ou survivre. De tout temps,
ils ont eu leurs lieux de rencontres
clandestins et des vies parallèles.
Contrairement aux autres
communautés, religieuses,
philosophiques ou ethniques, il leur a
fallu tout réinventer à
chaque génération puisqu'il
n'y a pas de tradition familiale et que
chaque homosexuel naît d'une
relation hétérosexuelle.
C'est en partie ce qui explique aussi
qu'ils n'ont pas d'histoire.
Il est très
difficile de retracer une histoire
exhaustive des homosexuels car les
falsifications et les silences de
l'histoire n'ont gardé que les
traces des procès et rejeté
tout ce qui pouvait paraître comme
du prosélytisme gay. Le pire, c'est
que les homosexuels eux-mêmes, dans
leur immense majorité, n'ont jamais
partagé ce secret qu'avec leur
conscience et qu'ils ont été
souvent les plus homophobes, par rejet ou
dégoût de leur nature
profonde ou simplement pour faire
illusion. Et contrairement à une
idée répandue, rares sont
les gays qui portent leur
homosexualité sur leur visage.
Notre petit inventaire est donc
très loin d'être exhaustif.
On n'efface pas d'un coup de clavier
d'ordinateur 3000 ans d'homophobie.
Que cette petite
enquête permette simplement à
des adolescents qui découvrent leur
sexualité de s'apercevoir que des
millions d'êtres ont vécu
cette découverte avant eux et
souvent dans des époques beaucoup
plus répressives. Que leur
différence les a obligés
à développer, plus que
d'autres, leurs capacités
d'adaptation dans un environnement
hostile. Que certains d'entre eux ont
été des hommes
d'état, des dirigeants, des
artistes ou tout simplement des hommes
ordinaires et anonymes. Nous ne parlerons
ici que de ceux qui ont laissé une
trace de leur homosexualité et donc
pas de la majorité de ces
homosexuels non identifiés ou dont
l'identité a été
effacée par l'histoire. Qu'ils se
rassurent : aujourd'hui encore, et
même à Metz, les homosexuels
sont toujours présents dans tous
les rouages de notre ville et ils le
seront encore demain dans les mêmes
proportions quelle que soit l'attitude de
la société à leur
égard.