 |
| Bilan de la journée de la déportation en Lorraine |
|
Depuis
de nombreuses années, les associations LGBT françaises se battent pour
que soit reconnue la déportation pour fait d'homosexualité en France.
L'Allemagne a depuis longtemps fait son devoir de mémoire sur ce sujet
en rendant hommage à tous les homosexuels déportés et morts en camps de
concentration durant la deuxième guerre mondiale.
En 2000, suite à l'ouverture des archives, la Fondation pour la Mémoire
de la Déportation, établissement d'utilité publique, a engagé
un travail historique de fond et recensé les déportés français en
fonction de leur motif de déportation. Il est apparu que le sort des
homosexuels de notre pays avait été écrasé sous une chape de plomb
depuis la Libération. Les départements annexés de Moselle, Haut-Rhin et
Bas-Rhin ayant d'ailleurs été bien plus concernés par la déportation
des homosexuels en raison de l'application directe des lois du Reich
sur ce territoire. 206 alsaciens et lorrains avaient été déportés en
raison de leur homosexualité.
En 2005, lors des cérémonies du 60ème anniversaire de la Libération,
c'est la plus haute autorité du pays, le Président Jacques Chirac qui
reconnaissait enfin la déportation des homosexuels comme un fait
indiscutable. Son discours faisait échos à celui du Premier Ministre
Lionel Jospin qui avait évoqué la déportation des homosexuels en 2001.Dès
leur création, les associations LGBT de notre région se sont fixé comme
objectif de tout mettre en œuvre pour que ces victimes, composantes
comme les autres du génocide perpétré par les nazis, soient
honorées lors de la Journée annuelle de la Déportation. Leur seule
revendication a toujours été que soient cités l'ensemble des motifs de
déportation afin que les futures générations soient éclairées par une
information complète, impartiale et pédagogique.
Couleurs Gaies à Metz a été la première a exiger d'être présente lors
de la cérémonie du souvenir dès sa création en 1999. Elle a été suivie
ensuite par l'association nancéienne Homonyme puis celle de
Sarreguemines Emergence 57. Le site Lorraine Gay, dont l'association
gérante s'appelle "Mémoire Collective", a permis en 2004 de coordonner
les travaux de l'ensemble des associations LGBT françaises en mettant à
la disposition de la Fédération Nationales des Centres LGBT un site
recensant toutes des démarches menées et les résultats obtenus sur ce
sujet
(http://www.hexagonegay.com/TrianglesRoses.html).
|
|
|
Il est apparu très vite que si les plus hautes autorités de l'Etat
étaient favorables à ce que les "oubliés de la mémoire" soient honorés,
une grande disparité se présentait selon les villes et les
départements. Dans notre région, jusqu'à cette année, les associations
LGBT n'étaient pas conviées à participer au financement de la gerbe
commune, n'avaient pas obtenu satisfaction pour la citation des motifs
de déportation et étaient seulement autorisées à déposer leur gerbe
après la cérémonie, une fois les officiels et les associations
d'anciens combattants retirés. Cette attitude indigne et honteuse des
autorités locales était dictée par certaines associations d'anciens
combattants comme la FNDIRP de Moselle, qui considéraient cette
cérémonie comme leur pré-carré en dehors de tout respect des directives
ministérielles. Pour la première fois, cette année la situation a
sensiblement évolué à Nancy et à Sarreguemines mais a malheureusement
régressé à Metz où la mémoire des déportés homosexuels messins ne peut
toujours pas être honorée.
Nancy.
Le travail de fond des associations LGBT nancéiennes a porté ses
fruits. Le 23 mars, Equinoxe 54 et Trans Aides envoyaient une lettre
ouverte à une quarantaine d'élus meurthe-et-mosellans (cf notre info du
23 mars) et lançaient une vaste campagne de pétition dans la rue et sur
internet. De nombreux responsables politiques comme le Président du
Conseil Général de Meurthe-et-Moselle, Michel Dinet, ont manifesté leur
réprobation face à cette situation intolérable d'une cérémonie non
consensuelle. Le 18 avril, c'est le maire de Nancy, André Rossinot, qui
réunissait autour de la table les représentants des associations
d'anciens combattants et les représentants des association LGBT
nancéiennes. Cette réunion a porté ses fruits puisque qu'un accord a
enfin été trouvé. Lors de la cérémonie du 26 avril 2009, l'ensemble des
communautés victimes du génocide nazi a enfin pu être réunie derrière
une même gerbe. Les deux associations LGBT nancéiennes Equinoxe 54 et
Alter Egaux ainsi que l'association transgenre Trans Aide étaient
représentées par leurs Président-E-s. Cette ouverture voulue par les
autorités locales a permis aussi pour la première fois de convier des
représentants de la communauté tsigane (Amitiés Tsiganes) et des
Handicapés (Association des Paralysés de France). Les triangles roses
(déportés homosexuels), les triangles bruns (déportés tsiganes), les
triangles noirs (handicapés mentaux et "associaux") ont enfin pu être
réunis avec les étoiles jaunes (déportés juifs) et les triangles rouges
(résistants et politiques). Si le sort de l'ensemble de ces communautés
était lié dans le malheur durant l'occupation, il aura fallu attendre
2009 pour qu'à Nancy leur mémoire soit honorée sans distinction.
Pour plus de détail et une revue de presse complète : htpp://www.equinoxe54.com
Sarreguemines.
Première ville de Moselle à honorer la mémoire des déportés
homosexuels, Sarreguemines a également connu une cérémonie consensuelle
en ce 26 avril 2009. L'association Emergence 57 qui milite aussi depuis
sa création pour être représentée au même titre que les associations
d'anciens combattants était présente derrière la gerbe commune pour la
première fois. Jusqu'alors, elle était condamnée à une cérémonie en
marge après le départ des officiels. La municipalité de Sarreguemines a
souhaité que la mémoire de tous les déportés, sans exception, soit
honorée. L'unique revendication d'Emergence 57 était ainsi respectée.
Pour plus de détails : http://www.emergence57.fr
Metz.
L'année dernière, l'association Couleurs Gaies avait accepté de
renoncer à ce que tous les motifs de déportation soient cités lors de
la cérémonie du Souvenir, à condition qu'une plaque soit apposée au
fort de Queuleu devant le monument de la déportation, reprenant
l'ensemble de ces motifs. Le préfet s'y était engagé. Cette plaque
aurait reproduit à l'identique le texte figurant sur celui de l'Ile de
la Cité à Paris. Or, après consultation des associations d'anciens
combattants, cette démarche a avorté. Devant les demandes réitérées de
Couleurs Gaies à l'approche de la cérémonie du 26 avril 2009, le Préfet
avait botté en touche en informant l'association LGBT que la plaque ne
serait pas posée à Queuleu et que le texte serait repris, sans
transmettre d'ailleurs aucun calendrier et sans avoir convié Couleurs
Gaies à une quelconque consultation.
Couleurs Gaies n'a pas été autorisée à se ranger derrière une gerbe
commune. Elle a donc décidé de boïcotter la cérémonie et comme chaque
année, elle a été condamnée à déposer sa gerbe après le départ des
officiels et des associations d'anciens combattants. Contrairement à
Nancy, la nouvelle municipalité messine n'a eu aucune action active
pour trouver une solution à cette situation honteuse et irrespectueuse
des directives ministérielles. Interrogés par des journalistes de
France 3, le Préfet de Moselle s'est refusé à tout commentaire et le
représentant de la FNDIRP s'est contenté de répondre d'un air
sacarstique que cette situation n'était pas de son fait mais que cette
décision avait été prise "plus haut" (sic)... Il faut rappeler qu'il
n'a
jamais souhaité rencontrer les associations LGBT, contrairement à ce
qui s'est pratiqué partout en France. La cause de la mémoire des
déportés homosexuels de Moselle, l'un des départements de France le
plus concerné par le sujet, n'est qu'une "patate chaude" que le préfet
et les associations d'anciens combattants ne cessent de se transmettre
depuis des années sans y apporter une réponse concrète et dans le
mépris de ceux qui militent sincèrement pour que la mémoire de la
déportation soit simplement transmise avec les motifs qui ont conduit
au génocide. L'histoire jugera ces comportements inadmissibles et
honteux.
Pour plus de détails : http://www.couleursgaies.org
|
|
| information
mise en ligne le 29/04/09 |
|