Lorraine Gay

 


 

Gaypride Lorraine 2006, le bilan

FREQUENTATION
Comme d'habitude, la bataille des chiffres succède toujours à toute manifestation avec des écarts allant généralement du simple au double si l'on se réfère aux chiffres de la police ou à ceux des organisateurs. La fourchette de cette gaypride 2006 se situe donc entre 1000 et 2000 participants, probablement qu'en coupant la poire en deux, on se rapproche de la vérité, et 1500 participants semble réaliste. C'est autant que la dernière gaypride messine (1500) mais un peu moins que l'année dernière à Nancy (2000). La cause aux incertitudes météorologiques ? à la perspective d'un week-end prolongé avec le lundi de Pentecôte ? (théoriquement pas férié mais...). Bref, pour une ville de 120 000 habitants comme Metz, ce score est plus qu'honorable. Pour prendre des villes dont la population est comparable et même légèrement supérieure comme Tours et Angers, elles ont attiré respectivement 800 et 900 participants à leur Gaypride. En taux de participants par rapport à la population, Metz peut rivaliser avec Nantes et Bordeaux dont la réputation d'ouverture à la sensibilité gay est plus marquée.

RETOMBEES PRESSE
Relégué au passé le temps où la gay pride ne suscitait que quelques lignes dans la presse locale et où l'accent était mis sur le coté "folklorique" de l'évènement en oubliant les revendications. Le "Républicain Lorrain" a consacré deux articles plutôt bien documentés et objectifs sans oublier les revendications et dont les titres reflètent bien le contenu : "Citoyens comme les autres" et "Marcher ensemble pour faire la nique aux homophobes". On peut se réjouir de l'évolution récente de ce quotidien sur ce sujet de société, mais ce n'est pas encore demain qu'on y verra des pages entières de photos de couples gays célébrant leur union. A noter aussi, la publication de la photo des "Soeurs de la Perpétuelle Indulgence" prise lors de la marche de l'an dernier à Nancy (alors que l'événement n'avait pas été couvert à l'époque par ce journal) et illustrant l'article de l'avant marche. Evidemment cette photo a provoqué les foudres des lecteurs les plus conservateurs qui ont déversé leur fiel dans le forum du journal. Difficile pour un média de se priver d'une partie de son lectorat, comme pour un politique pour son électorat...

Du coté des radios, la prime a France Bleu Lorraine Nord qui ne s'est pas contentée de couvrir la marche mais qui a également consacré de nombreuses chroniques aux revendications LGBT et a été une radio partenaire de l'événement beaucoup plus efficace que la radio en trois lettres de l'année dernière.

Enfin France 3 Lorraine a consacré un reportage plutôt bien réalisé et toujours visible sur son site internet.

 

REACTIONS DE LA POPULATION

D'une manière générale, tous les participants peuvent témoigner de réactions de sympathie de la part des spectateurs de la marche. Aucune hostilité ni provocation, tout juste quelques sentences définitives du genre "où va notre société", "je ne pensais pas qu'il y en avait autant", ou "si ça les amuse...". Dans l'ensemble, on a noté de nombreux clins d'oeil complices, quelques applaudissements discrets, et aussi de l'indifférence, ce qui est un droit revendiqué par beaucoup d'homosexuels.

Parmi les sentences relevées dans le courrier des lecteurs du Répu, voici quelques florilèges :
"
Une bonne image pour nos enfants (accoutrements excessifs et parfois choquants, exposés aux yeux de la cité)" : Ah ces enfants, on les sort toujours pour justifier ses opinions... mieux vaut les laisser s'abrutir devant les reality show vulgaires de la télé ou s'abreuver de la violence des jeux vidéo plutôt que d'essayer de leur expliquer la tolérance et l'ouverture d'esprit. Quant à ces fameux "accoutrements", je suppose qu'il est fait allusion aux travestis ? Durant des années les homos ont été l'objet de plaisanteries graveleuses, ils ont été ridiculisés et singés par les hétéros, sous l'oeil innocent de nos chérubins, sans que l'on s'inquiétât de les choquer. Alors aujourd'hui n'ont ils pas droit à un peu d'autodérision ? A moins que pour attirer l'attention des médias, ils se mettent à brûler des voitures et piller les vitrines de la rue Serp ?
-
"Les subventions des Collectivités publiques à cette manifestation choquent bon nombre de contribuables. N'y a t il pas mieux à faire avec l'argent public ?" Ah bon ? La Marche est subventionnée ? Décidément, ce "bon nombre de contribuables" semble mieux informé que les organisateurs de la marche qui n'ont jamais vu passer un centime. Si vous voulez vous éclairer sur le financement et sur les courriers envoyés aux Collectivités publiques et leurs réponses, consultez le site officiel de la marche (http://gaypridelorraine.free.fr) tout y est exposé en toute transparence. Quant aux contribuables, les homos en font aussi partie. Pour cela on ne les oublie pas et on ne leur donne d'ailleurs pas les mêmes droits devant l'impôt. Et n'y a-t-il pas mieux à faire avec cet argent que de financer le clergé d'Alsace Moselle pour véhiculer son intolérance et sa haine des homos ? Cela choque aussi bon nombre de contribuables homosexuels...
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"J'éprouve un sentiment d'immense révulsion devant de tels hommes déguisés en religieuses" : Y a t il un mot plus fort que "immense révulsion" pour évoquer les millions d'êtres humains assassinés, brûlés vifs, décapités, pendus, châtrés au nom des religions en raison de leur seule homosexualité ? Avez vous éprouvé aussi de la révulsion pour les homos exterminés dans les camps nazis et "déguisés" en cadavres décharnés ? Visiblement, de quel coté est le sens de la mesure ?

 

REACTIONS DES HOMOS LORRAINS
Même si personne ne peut se prétendre le porte parole d'une communauté aussi diverse, la lecture des blogs qui ont suivis cette marche est assez intéressante pour voir comment cette gaypride a été perçue par les homos eux-même. De nombreux emails ont également été envoyés sur le site officiel de la marche. En grande majorité, les qualitatifs les plus courants ont été "super", "belle ambiance", "un bien bel après-midi", "super heureux d'avoir participé à ma première gaypride", "merci aux organisateurs", "le délire"... Bref, on peut vous en mettre deux pages. Merci donc à tous ces commentaires encourageants car ils sont aussi très utiles pour saluer le travail des nombreux bénévoles qui n'ont pas compté leur temps pour que cette marche soit une réussiite. Mais intéressons nous aux quelques critiques négatives, à la fois pour y répondre et aussi pour en tirer des conséquences pour les prochaines marches. Deux critiques semblent émerger : la trop forte présence de la gauche à la marche (critique provenant de droite), et le choix de la ville de Metz (critique provenant de Nancy).

- "En sponsor la CGT, le PCF, les verts, le PS. C'est à croire que vous faites de la politique ?"
- "Le défilé était trop coloré en rouge pour moi (CGT, MJS, LCR, JCR, CNT...), j'ai boycotté la marche en défilant à bonne distance et en allant faire mes courses."

Ces observations doivent interpeller les organisateurs de la Marche sur la "récupération politique". Il est vrai qu'en dehors de la présence discrète de Gaylib (apparenté UMP) et du logo de la ville de Nancy sur l'affiche, les partis, syndicats et mouvements de gauche étaient omni présents à la marche. Est-ce une volonté politique des organisateurs ? Lorraine Gay, en tant que co-organisateur de la Marche tient à apporter les précisons suivantes :
- 400 courriers ont été envoyés en début d'année à tous les élus de Lorraine. et à toutes les collectivités locales quelques soient leurs couleurs politiques (il est vrai, à l'exclusion du FN). Il se trouve que, en dehors de la ville de Nancy, seuls les élus et organisations de gauche ont répondu pour soutenir la marche. Quelques élus de droite ont répondu courageusement qu'ils ne souhaitaient pas soutenir la marche (cf courrier de M. Rausch) et l'immense majorité des 400 lettres est restée sans réponse. Que fallait-il faire ? Sous prétexte que les partis de droite ne souhaitent pas soutenir la marche, fallait-il rejeter les soutiens des partis de gauche et les exclure de la marche ? On peut imaginer mieux comme esprit de tolérance. Alors que faire ? D'abord, on peut évidemment être homo et de droite, et dans ce cas, n'est-il pas préférable de faire acte de visibilité et de militantisme auprès des partis de droite pour qu'ils s'engagent aussi, plutôt que de boycotter et de considérer définitivement que la marche est un repère de gauchistes ? Tous les soutiens d'organisations de droite seront les bienvenus et si elles veulent venir à 10 000 lors de la prochaine gaupride, elles peuvent le faire en commençant par soutenir officiellement et moralement la marche et sa plate-forme des revendications. Il est trop facile de faire la fine-bouche sur le soutien des autres quand on n'apporte pas le sien. Enfin précisons que "soutien" ne veut pas dire "sponsor "et encore moins "subvention". Les sponsors de la marche sont des commerçants qui ont acheté des encarts publicitaires dans le guide paru à cette occasion et les subventions, il n'y en a aucune. Aucun parti ne finance cette marche et aucune collectivité ne la subventionne.
Maintenant à la question de savoir si les organisateurs font de la politique, la réponse est "bien évidemment". Mais pas par rapport à la dualité gauche-droite. Défendre les droits des personnes LGBT pour qu'elles soient des citoyen-e-s à part entière dans notre République, c'est avoir un engagement politique, au sens noble du terme.

 

- "Ca me fait chier de voir la Gaypride se faire encore à Metz alors qu'elle est financée par le Conseil Général de Meurthe-et-Moselle et la Ville de Nancy".
- "Pourquoi s'embêter à Metz, alors qu'on s'amuse bien à Nancy ?"

Après la dualité gauche-droite, évidemment en Lorrraine il y a toujours l'opposition Metz-Nancy (ou Nancy-Metz pour les Nancéiens). Cette marche est la Marche LGBT de Lorraine. Contrairement à d'autres régions où elle se déroule uniquement dans la capitale administrative (Lyon, Strasbourg, Rennes, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Montpellier, Lille etc...) en Lorraine, les organisateurs ont décidé qu'elle pouvait être itinérante. La première marche a eu lieu en 2003 à Metz car elle avait été initiée par l'association Couleurs Gaies. En 2004, Couleurs Gaies, devant son succès, a vu d'autres associations la rejoindre et il s'est constitué un Collectif. Une des première décision de ce collectif a été d'alterner les marches dans les grandes villes de Lorraine. C'est pourquoi elle a eu lieu à Nancy en 2005 et de nouveau à Metz en 2006. Ce Collectif est constitué actuellement d'une quinzaine d'associations LGBT réparties sur tout le territoire lorrain (excepté la Meuse qui n'en possède pas). Pour organiser une marche, il faut une association accueillante forte du nombre de ses bénévoles car c'est un boulot de titan. Pour le moment seules Metz et Nancy possèdent ce genre d'associations... mais il n'est pas exclu que l'association LGBT de Moselle Est puisse un jour accueillir la Marche à Sarreguemines... Une gaypride est une manifestation revendicative. Est-il préférable de revendiquer dans un environnement favorable et ouvert, comme à Nancy ou doit-on avoir le courage de défiler aussi dans des villes où l'homophobie est encore tenace comme Metz, Sarreguemines ou Verdun ? La prochaine marche sera donc probablement nancéienne, si les associations de Nancy acceptent de l'organiser, mais rien n'est définitif et inscrit pour la vie dans le bronze. Des surprises sont toujours possible... Quant au Conseil Général 54 et à la Ville de Nancy, ils ont soutenu moralement la marche et accepté d'associer leur logo à cet événement, mais ils n'ont pas financé cette marche, et ce financement ne leur a d'ailleurs jamais été demandé.

4 juin 2006



 

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