RETOMBEES
PRESSE
Relégué au passé le temps où
la gay pride ne suscitait que quelques lignes dans la presse locale et
où l'accent était mis sur le coté "folklorique" de l'évènement en
oubliant les revendications. Le "Républicain Lorrain" a consacré deux
articles plutôt bien documentés et objectifs sans oublier les
revendications et dont les titres reflètent bien le contenu : "Citoyens
comme les autres" et "Marcher ensemble pour faire la nique aux
homophobes". On peut se réjouir de l'évolution récente de ce quotidien
sur ce sujet de société, mais ce n'est pas encore demain qu'on y verra
des pages entières de photos de couples gays célébrant leur union.
A noter aussi, la
publication de la photo des "Soeurs de la Perpétuelle Indulgence" prise
lors de la marche de l'an dernier à Nancy (alors que l'événement
n'avait pas été couvert à l'époque par ce journal) et illustrant
l'article de l'avant marche. Evidemment cette photo a provoqué les
foudres des lecteurs les plus conservateurs qui ont déversé leur fiel
dans le forum du journal. Difficile pour un média de se priver d'une
partie de son lectorat, comme pour un politique pour son électorat...
Du coté des radios, la prime
a France Bleu Lorraine Nord qui ne s'est pas contentée de couvrir la
marche mais qui a également consacré de nombreuses chroniques aux
revendications LGBT et a été une radio partenaire de l'événement
beaucoup plus efficace que la radio en trois lettres de l'année
dernière.
Enfin France 3 Lorraine a
consacré un reportage plutôt bien réalisé et toujours visible sur son
site internet.
REACTIONS DE LA POPULATION
D'une
manière générale, tous les participants peuvent témoigner de réactions
de sympathie de la part des spectateurs de la marche. Aucune hostilité
ni provocation, tout juste quelques sentences définitives du genre "où
va notre société", "je ne pensais pas qu'il y en avait autant", ou "si
ça les amuse...". Dans l'ensemble, on a noté de nombreux clins d'oeil
complices, quelques applaudissements discrets, et aussi de
l'indifférence, ce qui est un droit revendiqué par beaucoup
d'homosexuels.
Parmi les sentences relevées
dans le courrier des lecteurs du Répu, voici quelques florilèges :
"Une bonne image pour nos
enfants (accoutrements excessifs et parfois choquants, exposés aux yeux
de la cité)" : Ah ces enfants, on les
sort toujours pour justifier ses opinions... mieux vaut les laisser
s'abrutir devant les reality show vulgaires de la télé ou s'abreuver de
la violence des jeux vidéo plutôt que d'essayer de leur expliquer la
tolérance et l'ouverture d'esprit. Quant à ces fameux "accoutrements",
je suppose qu'il est fait allusion aux travestis ? Durant des années
les homos ont été l'objet de plaisanteries graveleuses, ils ont été
ridiculisés et singés par les hétéros, sous l'oeil innocent de nos
chérubins, sans que l'on s'inquiétât de les choquer. Alors aujourd'hui
n'ont ils pas droit à un peu d'autodérision ? A moins que pour attirer
l'attention des médias, ils se mettent à brûler des voitures et piller
les vitrines de la rue Serp ?
- "Les subventions des
Collectivités publiques à cette manifestation choquent bon nombre de
contribuables. N'y a t il pas mieux à faire avec l'argent public ?" Ah
bon ? La Marche est subventionnée ? Décidément, ce "bon nombre de
contribuables" semble mieux informé que les organisateurs de la marche
qui n'ont jamais vu passer un centime. Si vous voulez vous éclairer sur
le financement et sur les courriers envoyés aux Collectivités publiques
et leurs réponses, consultez le site officiel de la marche
(http://gaypridelorraine.free.fr) tout y est exposé en toute
transparence. Quant aux contribuables, les homos en font aussi partie.
Pour cela on ne les oublie pas et on ne leur donne d'ailleurs pas les
mêmes droits devant l'impôt. Et n'y a-t-il pas mieux à faire avec cet
argent que de financer le clergé d'Alsace Moselle pour véhiculer son
intolérance et sa haine des homos ? Cela choque aussi bon nombre de
contribuables homosexuels...
- "J'éprouve un sentiment
d'immense révulsion devant de tels hommes déguisés en religieuses" : Y a
t il un mot plus fort que "immense révulsion" pour évoquer les millions
d'êtres humains assassinés, brûlés vifs, décapités, pendus, châtrés au
nom des religions en raison de leur seule homosexualité ? Avez vous
éprouvé aussi de la révulsion pour les homos exterminés dans les camps
nazis et "déguisés" en cadavres décharnés ? Visiblement, de quel coté
est le sens de la mesure ?
REACTIONS DES HOMOS LORRAINS
Même si personne ne peut se
prétendre le porte parole d'une communauté aussi diverse, la lecture
des blogs qui ont suivis cette marche est assez intéressante pour voir
comment cette gaypride a été perçue par les homos eux-même. De nombreux
emails ont également été envoyés sur le site officiel de la marche. En
grande majorité, les qualitatifs les plus courants ont été "super",
"belle ambiance", "un bien bel après-midi", "super heureux d'avoir
participé à ma première gaypride", "merci aux organisateurs", "le
délire"... Bref, on peut vous en mettre deux pages. Merci donc à tous
ces commentaires encourageants car ils sont aussi très utiles pour
saluer le travail des nombreux bénévoles qui n'ont pas compté leur
temps pour que cette marche soit une réussiite. Mais intéressons nous
aux quelques critiques négatives, à la fois pour y répondre et aussi
pour en tirer des conséquences pour les prochaines marches. Deux
critiques semblent émerger : la trop forte présence de la gauche à la
marche (critique provenant de droite), et le choix de la ville de Metz
(critique provenant de Nancy).
- "En
sponsor la CGT, le PCF, les verts, le PS. C'est à croire que vous
faites de la politique ?"
- "Le défilé était trop coloré en rouge pour moi (CGT, MJS, LCR, JCR,
CNT...), j'ai boycotté la marche en défilant à bonne distance et en
allant faire mes courses."
Ces
observations doivent interpeller les organisateurs de la Marche sur la
"récupération politique". Il est vrai qu'en dehors de la présence
discrète de Gaylib (apparenté UMP) et du logo de la ville de Nancy sur
l'affiche, les partis, syndicats et mouvements de gauche étaient omni
présents à la marche. Est-ce une volonté politique des organisateurs ?
Lorraine Gay, en tant que co-organisateur de la Marche tient à apporter
les précisons suivantes :
- 400 courriers ont été envoyés en début d'année à tous les élus de
Lorraine. et à toutes les collectivités locales quelques soient leurs
couleurs politiques (il est vrai, à l'exclusion du FN). Il se trouve
que, en dehors de la ville de Nancy, seuls les élus et organisations de
gauche ont répondu pour soutenir la marche. Quelques élus de droite ont
répondu courageusement qu'ils ne souhaitaient pas soutenir la marche
(cf courrier de M. Rausch) et l'immense majorité des 400 lettres est
restée sans réponse. Que fallait-il faire ? Sous prétexte que les
partis de droite ne souhaitent pas soutenir la marche, fallait-il
rejeter les soutiens des partis de gauche et les exclure de la marche ?
On peut imaginer mieux comme esprit de tolérance. Alors que faire ?
D'abord, on peut évidemment être homo et de droite, et dans ce cas,
n'est-il pas préférable de faire acte de visibilité et de militantisme
auprès des partis de droite pour qu'ils s'engagent aussi, plutôt que de
boycotter et de considérer définitivement que la marche est un repère
de gauchistes ? Tous les soutiens d'organisations de droite seront les
bienvenus et si elles veulent venir à 10 000 lors de la prochaine
gaupride, elles peuvent le faire en commençant par soutenir
officiellement et moralement la marche et sa plate-forme des
revendications. Il est trop facile de faire la fine-bouche sur le
soutien des autres quand on n'apporte pas le sien. Enfin précisons que
"soutien" ne veut pas dire "sponsor "et encore moins "subvention". Les
sponsors de la marche sont des commerçants qui ont acheté des encarts
publicitaires dans le guide paru à cette occasion et les subventions,
il n'y en a aucune. Aucun parti ne finance cette marche et aucune
collectivité ne la subventionne.
Maintenant à la question de savoir si les organisateurs font de la
politique, la réponse est "bien évidemment". Mais pas par rapport à la
dualité gauche-droite. Défendre les droits des personnes LGBT pour
qu'elles soient des citoyen-e-s à part entière dans notre République,
c'est avoir un engagement politique, au sens noble du terme.
- "Ca
me fait chier de voir la Gaypride se faire encore à Metz alors qu'elle
est financée par le Conseil Général de Meurthe-et-Moselle et la Ville
de Nancy".
- "Pourquoi s'embêter à Metz, alors qu'on s'amuse bien à Nancy ?"
Après
la dualité gauche-droite, évidemment en Lorrraine il y a toujours
l'opposition Metz-Nancy (ou Nancy-Metz pour les Nancéiens). Cette
marche est la Marche LGBT de Lorraine. Contrairement à d'autres régions
où elle se déroule uniquement dans la capitale administrative (Lyon,
Strasbourg, Rennes, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Montpellier, Lille
etc...) en Lorraine, les organisateurs ont décidé qu'elle pouvait être
itinérante. La première marche a eu lieu en 2003 à Metz car elle avait
été initiée par l'association Couleurs Gaies. En 2004, Couleurs Gaies,
devant son succès, a vu d'autres associations la rejoindre et il s'est
constitué un Collectif. Une des première décision de ce collectif a été
d'alterner les marches dans les grandes villes de Lorraine. C'est
pourquoi elle a eu lieu à Nancy en 2005 et de nouveau à Metz en 2006.
Ce Collectif est constitué actuellement d'une quinzaine d'associations
LGBT réparties sur tout le territoire lorrain (excepté la Meuse qui
n'en possède pas). Pour organiser une marche, il faut une association
accueillante forte du nombre de ses bénévoles car c'est un boulot de
titan. Pour le moment seules Metz et Nancy possèdent ce genre
d'associations... mais il n'est pas exclu que l'association LGBT de
Moselle Est puisse un jour accueillir la Marche à Sarreguemines... Une
gaypride est une manifestation revendicative. Est-il préférable de
revendiquer dans un environnement favorable et ouvert, comme à Nancy ou
doit-on avoir le courage de défiler aussi dans des villes où
l'homophobie est encore tenace comme Metz, Sarreguemines ou Verdun ? La
prochaine marche sera donc probablement nancéienne, si les associations
de Nancy acceptent de l'organiser, mais rien n'est définitif et inscrit
pour la vie dans le bronze. Des surprises sont toujours possible...
Quant au Conseil Général 54 et à la Ville de Nancy, ils ont soutenu
moralement la marche et accepté d'associer leur logo à cet événement,
mais ils n'ont pas financé cette marche, et ce financement ne leur a
d'ailleurs jamais été demandé.