LES
SEX-CLUBS
6/6
> Interview d'un
sex-clubber.
Gilles a contacté
Lorraine Gay par email pour s'exprimer sur
le sujet des sex-clubs et nous faire part
de son expérience. Il a 33 ans et
travaille dans une petite ville de Moselle
comme employé de banque. Vous
aussi, vous pouvez nous envoyer votre
opinion sur le sujet.
Depuis combien de temps
fréquentes-tu les sex-clubs
?
La première fois
que j'ai mis les pieds dans un sex-club,
c'était il y a trois ou quatre ans
à Paris. Je passais le week-end
avec des amis qui voulaient me faire
découvrir le Dépôt, un
des plus grands sex-clubs d'Europe
situé pas très loin du
quartier du marais. J'étais
très réticent et
angoissé à l'idée de
mettre les pieds dans cet endroit dont je
connaissais la réputation. J'avais
en tête des images de mecs en cuir
dans des scènes sado-maso et tout
cela ne m'attirait pas du tout. Ma
première surprise a
été de tomber sur une piste
de danse avec des DJ et des lasers et des
mecs qui s'éclataient et faisaient
la fête. En fait, le
rez-de-chaussée ressemble à
une discothèque normale et les
sous-sols sont composés d'une autre
petite piste de danse, d'un bar, de
couloirs, de cabines et de backrooms
plutôt obscures. Là encore,
le mec qui ne veut que prendre un verre ne
se rend compte de rien. La deuxième
chose qui m'a surpris c'est la grande
diversité des clients.
Contrairement à la plupart des
boîtes, il y avait des jeunes et des
vieux, des blancs, des noirs, des beurs,
des asiatiques, des cadres
supérieurs, des prolos, des
étudiants, des beaux mecs et des
moches, bref un mélange incroyable
de mecs de toute origine, condition ou
âge. A une époque où
l'on parle beaucoup de discriminations et
notamment dans les discothèques,
j'ai trouvé cela plutôt
sympathique. Evidemment, pour celui qui
recherche des filles, c'était un
peu limité car je n'en ai pas
croisé une seule. Mais ce
n'était pas ce que je cherchais. De
toute façon j'étais encore
trop crispé pour rechercher quoique
ce soit. J'ai quand même fini par
mettre un pied dans une des 3 backrooms du
lieu, mais uniquement pour ne pas mourir
idiot et avoir des arguments
supplémentaires pour
dénoncer ces lieux glauques. Pour
commencer je n'ai pas vu grand chose car
il n'y avait que très peu de
lumière. Mais j'ai deviné
autour de moi des garçons qui
s'embrassaient et se caressaient par
couples ou en groupes. En dehors du fond
sonore de la discothèque, il n'y
avait aucun mot d'échangé et
ça m'a un peu dérangé
qu'on puisse livrer son intimité
à des inconnus dont on ne
connaît rien du tout. Mais en
même temps, je dois dire que
ça m'a aussi un peu excité.
Enfin j'ai même été un
peu vexé qu'aucun d'entre eux ne
s'intéresse à moi et je suis
ressorti de la backroom sans avoir rien
fait. Cela a été aussi une
leçon d'humilité pour moi.
Comme tout le monde, il m'arrive de me
prendre pour le plus beau mec du monde.
Bon, je ne suis pas mal, mais j'ai pu par
la suite constater que vraiment tous les
goûts sont dans la nature et que
même des mecs que je trouve moches
trouvent chaussure à leur pied et
que des dieux grecs comme moi, ne plaisent
pas forcément à tout le
monde. Encore une fois, ce sentiment
d'égalité de tous ces mecs
présents quelle que soit leur
personnalité, leur origine ou leur
condition, égalité devant le
jugement des autres qui n'est basé
que sur des critères d'attirance
sexuelle m'a paru plutôt
raffraichissant.
Autrement dit, les
sex-clubs ne sont pas des lieux de baise
mais des ateliers de mixité sociale
d'intégration et des écoles
d'humilité ?
Non évidemment,
n'exagérons rien. Je t'ai
décrit là ma première
expérience et les impressions que
j'ai ressenties. Depuis, je suis
retourné seul dans ces endroits et
ce n'est pas pour y faire de la
philosophie. Bon je ne suis pas un pilier
de sex-club, mais comme il m'arrive de me
payer parfois un bon restau ou un bon
spectacle, il m'arrive de vouloir m'offrir
une soirée d'émotions et
d'excitations. Qui n'a jamais
rêvé de toucher, de sentir ou
déshabiller un beau garçon
croisé dans la rue ? Probablement
tout le monde, sauf qu'évidemment
on se l'interdit, car la vie en
société a ses codes à
respecter. Et bien dans ces endroits,
c'est possible. Je ne dis pas que tous les
codes et conventions sont abolis, mais ils
sont différents. Par exemple, le
contact physique est limité
à quelques endroits du club : les
cabines, les labyrinthes, les cabines,
mais j'ai rarement vu des mecs qui
s'exhibent au bar ou qui vous touchent les
fesses en dehors des lieux prévus
pour cela. Maintenant, chaque sex-club a
ses propres " lois " implicites et non
écrites. En fait ce sont les gens
qui le fréquentent qui codifient
eux même leurs jeux. Je sais qu'il
en existe ou les gens sont nus, d'autres
ou l'on met en avant le voyeurisme ou
d'autres à tendance un peu SM.
L'essentiel est que chacun s'y sente
à l'aise et pour ma part j'aime
fréquenter certains endroits et pas
d'autres. Je ne regrette pas que mes amis
m'aient fait découvrir cet univers
mais je n'ai pas forcément envie de
le faire découvrir à
d'autres, car je pense que ce choix est un
choix intime. Et la sexualité est
tellement complexe et différente
pour chaque personne, que les sex-clubs ne
sont certainement pas la panacée.
Mais ils permettent à beaucoup de
monde d'avoir tout simplement une vie
sexuelle alors que dans la vie courante,
ils pourraient en être privés
pour différentes raisons.
Ne penses-tu pas
néanmoins qu'aujourd'hui ce genre
d'endroit n'est plus indispensable pour
rencontrer les autres ? La vie de tous les
jours ne nous donne-t-elle pas l'occasion
de contacts beaucoup plus faciles que par
le passé ?
Je ne partage pas cet
avis. Ce qu'on recherche dans ces lieux,
c'est avant tout le contact sexuel. Or
dans la vie, on peut très bien
tomber sur des garçons qui ont
envie de construire une relation dans la
durée. Je pense que si tous les
mecs qui ne recherchent qu'une aventure
passagère sans lendemain se
contentaient de draguer en sex-club, il y
aurait peut-être moins d'hypocrisie
et de déceptions amoureuses. Il y
aurait aussi moins de couples
brisés par des rencontres fortuites
de mecs qui font semblant de rechercher le
grand amour et qui vous jettent
après la première relation
sexuelle. Ici au moins les choses sont
claires. On ne se parle pratiquement pas,
on vient pour partager un moment de
plaisir, mais une fois qu'on est sorti du
sex-club, on reprend sa vie normale avec
ses amis, ses collègues, ses
passions, etc. Cela dit je connais des
mecs qui se sont rencontrés dans un
sex-club et qui vivent maintenant
ensemble. C'est probablement rare, mais
ça arrive, bien que ce ne soit pas
la destination de ces
établissements. Je veux aussi
préciser une chose importante. Le
sex-club remplace peu à peu les
endroits de rencontres extérieurs
comme les parcs ou parking d'autoroute. Et
là franchement, je crois qu'il n'y
a pas photo. On est quand même plus
en sécurité dans un sex-club
que dans la nature et en plus, on ne
dérange personne.
N'est-ce pas quand
même plus intéressant d'avoir
une harmonie sentimentale et sexuelle avec
la même personne plutôt que de
collectionner les rencontres sans
lendemain et peu enrichissantes
?
Pourquoi pas. C'est une
question de sensibilité. Pour le
moment, moi je tiens à vivre seul
et je ne recherche pas la vie en couple.
J'ai suffisamment de loisir et de copains
pour ne jamais m'ennuyer. Je n'ai pas
envie de me scotcher avec un mec. Mais
demain est un autre jour. Et si un jour je
cherche un mari, je n'irai pas le chercher
là. Je dois dire aussi que je
connais un couple de mecs qui vivent le
parfait amour ensemble depuis plus de 10
ans, avec une grande complicité,
une totale confiance et qui
fréquentent pourtant les sex-clubs.
Il doit probablement exister une usure de
l'attirance sexuelle entre deux
êtres. S'il ne reste entre eux que
la tendresse, la complicité, la
complémentarité,
l'amitié c'est quand même
l'essentiel. Et pour le sexe, ils ont
trouvé cette solution qui les
satisfait pleinement. Au moins les
rencontres qu'ils y font ne
présentent aucun risque pour
l'équilibre de leur couple car
elles sont très anonymes et sans
lendemain. Alors pourquoi pas le sex-club
au service de l'harmonie du couple
?
Quels sont les
établissements que tu
fréquentes en Lorraine ?
Pour l'instant, je n'ai
pas encore trouvé d'endroit qui me
convienne pleinement en Lorraine. Donc
soit je me rends à Paris quand j'ai
le temps, soit je vais à Sarrebruck
au Boots. Dans les deux cas, ça me
fait une sortie sympa car je cumule les
plaisirs dans la même soirée
: une bonne bouffe avec des amis, un
spectacle et enfin la fin de soirée
dans un sex-club où je
préfère me rendre sans mes
amis. Mais j'espère bien pouvoir
trouver bientôt de tels
établissements en Lorraine, car je
ne suis pas fana des saunas et surtout pas
des parcs et parkings. Quant à
l'internet, ça me fatigue les yeux
et les doigts.
Jamais de
dégoût de soi ? Le sentiment
de n'être qu'un esclave de sa libido
?
Franchement, jamais. Je
sais espacer et varier les plaisirs. Je me
considère comme un épicurien
mais le sexe n'est pas au centre de ma vie
même s'il m'apporte beaucoup de
plaisir. Je pense que mes plaisirs sont
sains, ne nuisent à persoonne et ne
nuisent en rien à ma santé,
bien au contraire. Alors pourquoi
renoncerais-je aux petites joies de la vie
? Elles sont déjà
suffisamment rares.
Quant aux réminiscences de ma
culture judéo-chrétienne,
ça fait longtemps qu'elles ne me
perturbent plus. Alors pourquoi serai-je
dégoûté d'être
ce que je suis ? Et toi es tu
dégoûté d'être
homo ? d'être esclave de tes
sentiments ?