Lorraine Gay

 


 

LES SEX-CLUBS
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> Interview d'un sex-clubber.

Gilles a contacté Lorraine Gay par email pour s'exprimer sur le sujet des sex-clubs et nous faire part de son expérience. Il a 33 ans et travaille dans une petite ville de Moselle comme employé de banque. Vous aussi, vous pouvez nous envoyer votre opinion sur le sujet.

Depuis combien de temps fréquentes-tu les sex-clubs ?

La première fois que j'ai mis les pieds dans un sex-club, c'était il y a trois ou quatre ans à Paris. Je passais le week-end avec des amis qui voulaient me faire découvrir le Dépôt, un des plus grands sex-clubs d'Europe situé pas très loin du quartier du marais. J'étais très réticent et angoissé à l'idée de mettre les pieds dans cet endroit dont je connaissais la réputation. J'avais en tête des images de mecs en cuir dans des scènes sado-maso et tout cela ne m'attirait pas du tout. Ma première surprise a été de tomber sur une piste de danse avec des DJ et des lasers et des mecs qui s'éclataient et faisaient la fête. En fait, le rez-de-chaussée ressemble à une discothèque normale et les sous-sols sont composés d'une autre petite piste de danse, d'un bar, de couloirs, de cabines et de backrooms plutôt obscures. Là encore, le mec qui ne veut que prendre un verre ne se rend compte de rien. La deuxième chose qui m'a surpris c'est la grande diversité des clients. Contrairement à la plupart des boîtes, il y avait des jeunes et des vieux, des blancs, des noirs, des beurs, des asiatiques, des cadres supérieurs, des prolos, des étudiants, des beaux mecs et des moches, bref un mélange incroyable de mecs de toute origine, condition ou âge. A une époque où l'on parle beaucoup de discriminations et notamment dans les discothèques, j'ai trouvé cela plutôt sympathique. Evidemment, pour celui qui recherche des filles, c'était un peu limité car je n'en ai pas croisé une seule. Mais ce n'était pas ce que je cherchais. De toute façon j'étais encore trop crispé pour rechercher quoique ce soit. J'ai quand même fini par mettre un pied dans une des 3 backrooms du lieu, mais uniquement pour ne pas mourir idiot et avoir des arguments supplémentaires pour dénoncer ces lieux glauques. Pour commencer je n'ai pas vu grand chose car il n'y avait que très peu de lumière. Mais j'ai deviné autour de moi des garçons qui s'embrassaient et se caressaient par couples ou en groupes. En dehors du fond sonore de la discothèque, il n'y avait aucun mot d'échangé et ça m'a un peu dérangé qu'on puisse livrer son intimité à des inconnus dont on ne connaît rien du tout. Mais en même temps, je dois dire que ça m'a aussi un peu excité. Enfin j'ai même été un peu vexé qu'aucun d'entre eux ne s'intéresse à moi et je suis ressorti de la backroom sans avoir rien fait. Cela a été aussi une leçon d'humilité pour moi. Comme tout le monde, il m'arrive de me prendre pour le plus beau mec du monde. Bon, je ne suis pas mal, mais j'ai pu par la suite constater que vraiment tous les goûts sont dans la nature et que même des mecs que je trouve moches trouvent chaussure à leur pied et que des dieux grecs comme moi, ne plaisent pas forcément à tout le monde. Encore une fois, ce sentiment d'égalité de tous ces mecs présents quelle que soit leur personnalité, leur origine ou leur condition, égalité devant le jugement des autres qui n'est basé que sur des critères d'attirance sexuelle m'a paru plutôt raffraichissant.

 

Autrement dit, les sex-clubs ne sont pas des lieux de baise mais des ateliers de mixité sociale d'intégration et des écoles d'humilité ?

Non évidemment, n'exagérons rien. Je t'ai décrit là ma première expérience et les impressions que j'ai ressenties. Depuis, je suis retourné seul dans ces endroits et ce n'est pas pour y faire de la philosophie. Bon je ne suis pas un pilier de sex-club, mais comme il m'arrive de me payer parfois un bon restau ou un bon spectacle, il m'arrive de vouloir m'offrir une soirée d'émotions et d'excitations. Qui n'a jamais rêvé de toucher, de sentir ou déshabiller un beau garçon croisé dans la rue ? Probablement tout le monde, sauf qu'évidemment on se l'interdit, car la vie en société a ses codes à respecter. Et bien dans ces endroits, c'est possible. Je ne dis pas que tous les codes et conventions sont abolis, mais ils sont différents. Par exemple, le contact physique est limité à quelques endroits du club : les cabines, les labyrinthes, les cabines, mais j'ai rarement vu des mecs qui s'exhibent au bar ou qui vous touchent les fesses en dehors des lieux prévus pour cela. Maintenant, chaque sex-club a ses propres " lois " implicites et non écrites. En fait ce sont les gens qui le fréquentent qui codifient eux même leurs jeux. Je sais qu'il en existe ou les gens sont nus, d'autres ou l'on met en avant le voyeurisme ou d'autres à tendance un peu SM. L'essentiel est que chacun s'y sente à l'aise et pour ma part j'aime fréquenter certains endroits et pas d'autres. Je ne regrette pas que mes amis m'aient fait découvrir cet univers mais je n'ai pas forcément envie de le faire découvrir à d'autres, car je pense que ce choix est un choix intime. Et la sexualité est tellement complexe et différente pour chaque personne, que les sex-clubs ne sont certainement pas la panacée. Mais ils permettent à beaucoup de monde d'avoir tout simplement une vie sexuelle alors que dans la vie courante, ils pourraient en être privés pour différentes raisons.

 

Ne penses-tu pas néanmoins qu'aujourd'hui ce genre d'endroit n'est plus indispensable pour rencontrer les autres ? La vie de tous les jours ne nous donne-t-elle pas l'occasion de contacts beaucoup plus faciles que par le passé ?

 

Je ne partage pas cet avis. Ce qu'on recherche dans ces lieux, c'est avant tout le contact sexuel. Or dans la vie, on peut très bien tomber sur des garçons qui ont envie de construire une relation dans la durée. Je pense que si tous les mecs qui ne recherchent qu'une aventure passagère sans lendemain se contentaient de draguer en sex-club, il y aurait peut-être moins d'hypocrisie et de déceptions amoureuses. Il y aurait aussi moins de couples brisés par des rencontres fortuites de mecs qui font semblant de rechercher le grand amour et qui vous jettent après la première relation sexuelle. Ici au moins les choses sont claires. On ne se parle pratiquement pas, on vient pour partager un moment de plaisir, mais une fois qu'on est sorti du sex-club, on reprend sa vie normale avec ses amis, ses collègues, ses passions, etc. Cela dit je connais des mecs qui se sont rencontrés dans un sex-club et qui vivent maintenant ensemble. C'est probablement rare, mais ça arrive, bien que ce ne soit pas la destination de ces établissements. Je veux aussi préciser une chose importante. Le sex-club remplace peu à peu les endroits de rencontres extérieurs comme les parcs ou parking d'autoroute. Et là franchement, je crois qu'il n'y a pas photo. On est quand même plus en sécurité dans un sex-club que dans la nature et en plus, on ne dérange personne.

 

N'est-ce pas quand même plus intéressant d'avoir une harmonie sentimentale et sexuelle avec la même personne plutôt que de collectionner les rencontres sans lendemain et peu enrichissantes ?

 

Pourquoi pas. C'est une question de sensibilité. Pour le moment, moi je tiens à vivre seul et je ne recherche pas la vie en couple. J'ai suffisamment de loisir et de copains pour ne jamais m'ennuyer. Je n'ai pas envie de me scotcher avec un mec. Mais demain est un autre jour. Et si un jour je cherche un mari, je n'irai pas le chercher là. Je dois dire aussi que je connais un couple de mecs qui vivent le parfait amour ensemble depuis plus de 10 ans, avec une grande complicité, une totale confiance et qui fréquentent pourtant les sex-clubs. Il doit probablement exister une usure de l'attirance sexuelle entre deux êtres. S'il ne reste entre eux que la tendresse, la complicité, la complémentarité, l'amitié c'est quand même l'essentiel. Et pour le sexe, ils ont trouvé cette solution qui les satisfait pleinement. Au moins les rencontres qu'ils y font ne présentent aucun risque pour l'équilibre de leur couple car elles sont très anonymes et sans lendemain. Alors pourquoi pas le sex-club au service de l'harmonie du couple ?

 

Quels sont les établissements que tu fréquentes en Lorraine ?

 

Pour l'instant, je n'ai pas encore trouvé d'endroit qui me convienne pleinement en Lorraine. Donc soit je me rends à Paris quand j'ai le temps, soit je vais à Sarrebruck au Boots. Dans les deux cas, ça me fait une sortie sympa car je cumule les plaisirs dans la même soirée : une bonne bouffe avec des amis, un spectacle et enfin la fin de soirée dans un sex-club où je préfère me rendre sans mes amis. Mais j'espère bien pouvoir trouver bientôt de tels établissements en Lorraine, car je ne suis pas fana des saunas et surtout pas des parcs et parkings. Quant à l'internet, ça me fatigue les yeux et les doigts.

 

Jamais de dégoût de soi ? Le sentiment de n'être qu'un esclave de sa libido ?

 

Franchement, jamais. Je sais espacer et varier les plaisirs. Je me considère comme un épicurien mais le sexe n'est pas au centre de ma vie même s'il m'apporte beaucoup de plaisir. Je pense que mes plaisirs sont sains, ne nuisent à persoonne et ne nuisent en rien à ma santé, bien au contraire. Alors pourquoi renoncerais-je aux petites joies de la vie ? Elles sont déjà suffisamment rares.
Quant aux réminiscences de ma culture judéo-chrétienne, ça fait longtemps qu'elles ne me perturbent plus. Alors pourquoi serai-je dégoûté d'être ce que je suis ? Et toi es tu dégoûté d'être homo ? d'être esclave de tes sentiments ?

 

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